lundi 26 mars 2007

Tagada, tagada, voila les Dalton! (pour Julie)

Aujourd'hui, je me sens lyrique! Apres six semaines de travail acharne, apres n'avoir eu que quelques jours isoles de repos par ci-par la (ca y est, vous avez la larme a l'oeil?), j'ai enfin pu prendre un vrai week-end. Le petit projet que je gerais sur notre ligne du Strip (l'avenue des casinos a Vegas) a pris fin, et je suis de nouveau libre! J'en ai donc profite pour prendre mon sac a dos, mon guide de Californie, et beaucoup, beaucoup d'eau, et me suis dirige vers la Vallee de la Mort.

Mais avant meme la vallee de la mort, c'est la route qui frappe. Le desert semble ne jamais finir. Le Nevada, d'ailleurs, n'est qu'un gigantesque desert, qui deborde sur tous ses voisins, l'Utah, la Californie, l'Arizona, et meme l'Oregon, pourtant si vert par ailleurs. L'Etat lui-meme est plus grand que le Royaume-Uni.
On pourrait croire que la route y est monotone. Et pourtant on ne s'y ennuie pas. Le desert americain n'est pas plat. Des dizaines de chaines de montagnes se succedent, se croisent, s'entremelent, font la course avec les rares voitures pour rattraper le soleil fuyant. Pelees, balayees par le vent, elles donnent une bonne image de l'hostilite de cette vaste etendue ou il tombe 1cm d'eau par an.

A l'Est, la route est bordee d'une cloture interminable. De l'autre cote, c'est la zone 51, terrain militaire qui nourrit de nombreuses speculations, et aussi quelques vocations... L'arsenal nucleaire militaire y a ete teste (c'est une certitude), les chasseurs furtifs de l'US Air Force y auraient ete developpes (c'est probable), et les autorites americaines y cacheraient les extraterrestres captures a Roswell (c'est tres peu probable, mais ca fait vendre)
La zone 51 commence en realite bien loin de la cloture, mais du haut des montagnes, on pourrait voir les camps, les pistes, bref tout ce que l'Armee souhaite cacher a tous.

De temps a autre, une autre route croise la notre. Mais on est au milieu de nulle part, on se demande bien ou va cette route, qui s'enfonce vite au-dela d'un col, a l'Ouest. L'une d'elles mene, d'apres un panneau, a une prison. C'est Lucky Luke.

Peu apres la prison, je crois un autostoppeur. Sans hesiter, je ne m'arrete pas, surtout a cote d'une prison. J'ai vu suffisamment de films d'horreur americains, on sait bien comment ca commence. Enfin, on sait surtout comment ca finit.

Puis arrive Beatty, avant-poste de la Vallee de la Mort prise des motards et... euh, c'est tout, des motards.
D'ailleurs, c'est "Rally in the Valley" ce week-end. Des centaines de motards en Harley se rejoignent au point le plus bas du pays pour se montrer leurs motos en buvant de la biere, raconter des histoires (de preference misogynes et/ou racistes) en buvant de la biere, faire vrombir le moteur a l'arret en buvant de la biere, le tout en buvant de la biere (l'ai-je deja dit?)
Beatty est donc pleine a craquer. Cette petite ville, anciennement connue pour ses mines d'argent et d'or, a attire a la grande epoque pres de 10000 habitants. Aujourd'hui, ils sont a peine 900, et on se demande de quoi ils vivent.
En attendant, le saloon est plein a craquer. Un vieux poste de television retransmet le match de UNLV (Tony se morfond encore de la defaite contre Oregon, pour ceux et surtout celles qui souhaitent suivre notre Tonybop), mais personne ne regarde. C'est un veritable saloon du far west, comme on n'en voit que dans les films. Il y a deux femmes: la serveuse, d'abord, d'une vulgarite phenomenale. Son maquillage tente de couvrir les rides (c'est rate, de toute evidence), son jean, porte tres haut, tres annees 80, est trop etroit, et son rire aigu et nasillard vous empeche de digerer tranquillement la pizza maison. L'autre est attablee avec son mari. Elle boit un breuvage qui contient du whisky (frelate?). A cote d'elle, un cowboy, a moitie sobre, lui explique d'un air professoral qu'une femme ne devrait pas etre ici: une femme, soit ca travaille pour nourrir ses gosses (au figure), soit ca reste a la maison pour nourrir ses gosses (au propre). Demonstration assez convaincante; approbation quasi-generale de la salle. Le mari, un peu couard, dresse derriere le dos de sa femme un pouce approbateur en direction du cowboy. Elle ne restera pas plus longtemps, mais elle finira quand meme son whisky. A Beatty, on a le sens des priorites...

Le lendemain, je pars pour la vallee de la mort, 1000m plus bas. La route passe par une ville fantome, Rhyolite: sa gare desaffectee, sa banque devalisee, son cimetiere infeste de crotales. Un peu angoissant, tout ca.


Entre 1904 et 1912, des centaines de prospecteurs sont venus chercher fortune dans ce coin paume. C'est l'histoire du Nevada: boom and bust. A Las Vegas, on en est encore au boom. Pour combien de temps?


Les paysages rappellent la steppe kazakhe, en moins vert bien sur, mais tout aussi vide. La route s'enfonce dans la montagne, et tout a coup, apres un petit col, l'immense vallee s'ouvre a nous. La route descend longtemps, et on arrive a Furnace Creek, le centre du parc. Il est 10h. Il fait deja 31 degres...

Le parc est plein de surprises: des sources d'eau salee regorgent de poissons minuscules. Plus loin, c'est Badwater, point le plus bas du continent, et qui est en fait une gigantesque etendue de sel cristallise. C'est blanc, immacule, eblouissant.


Plus loin encore, des dunes de sable a perte de vue font penser au Sahara, ou aux photos de Romain et Mag du Takamaklan. Je decide de ne pas dormir dans les dunes, contrairement au couple susnomme: serpents et scorpions y rodent, la nuit, parait-il.


Samedi soir, je passe la nuit au camping. Aaah, les joies du camping dans les parcs americains! Nicole et Peter, ca doit vous rappeler quelque-chose. Bien sur, on se sent vite un peu nul dans ces campings. Avec ma tente, mon rechaud, et mes Ramen, j'ai l'air bien ridicule a cote de ces 6 americains, venus avec un truck, un pick-up et un Hummer, emportant avec eux charbon pour le barbecue, glacieres pour la biere et le soda, chaises de camping, tables de camping, poste de radio, j'en passe...
De l'autre cote, un jeune homme arrive. Comme moi, il semble tres mal prepare. Il n'a meme pas de rechaud (je jubile) Je lui demande si lui aussi est assez fou pour voyager seul (c'est tres rare, malgre tout). Il me repond avec un accent a couper au couteau que oui, et essaie de se lancer dans une explication complexe. Je l'arrete tout de suite: autant parler en francais, ca sera plus rapide! Forcement, l'autre pekin qui n'a rien prevu pour le camping dans la vallee de la mort, il fallait que ca soit un francais. Du coup, on range le rechaud, fini les Ramen, et on part pour le saloon du coin, ou la encore la population est, disons, "interessante".

Le lendemain, apres une rando difficile faite pour me preparer a la venue de Mathilde, j'atteins le sommet du mont Wildrose, deuxieme plus haut point du parc. A 2710m, on est loin de Badwater et ses -85m! La vegetation est tres mediterraneenne, ca sent la garrigue. Au loin, on apercoit la Sierra Nevada, et le Mont Whitney, point culminant des "Lower 48 States", cad le point culminant du pays si on en exclut l'Alaska et Hawaii. Il y a peu de neige; il faut dire qu'en Californie, c'est deja l'ete.


Le retour n'est pas passionnant. Et puis au retour, on se remet toujours a penser a des betises, a la lessive a faire, aux emails a envoyer, au rapport a fignoler pour le boulot. Alors que j'y serais bien reste plus longtemps, dans cette vallee, au milieu des motards, des crotales, et des serveuses de saloon...

(Bon, apres 14 essais, je n'arrive pas a reduire la taille des photos, donc on fera avec)

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Pfff, il a peur des serpents, des scorpions et de dormir à la belle étoile dans le désert... en Jordanie tu étais plus téméraire!

florent a dit…

oui donc, romain, quand tu viendras et que tu verras tous les serpents partout, tu feras moins le malin

Anonyme a dit…

Romain, sache que le ch'ti est peureux.D'ailleurs, la majorité d'entre eux ne sort pas du 59... Quelques téméraires s'aventurent dans le 62, et une fois que tu sors de la région, tu es un fou...voire un traître, surtout si c'est pour aller vivre à Paris.

Anonyme a dit…

Florent,

Avant que tu ne partes faire de la rando avec Mathilde dans les montagnes, laisse moi t'avertir: Avale ton orgueil masculin et ne te casse pas les genoux à vouloir faire le beau en portant son sac!

florent a dit…

qui peut bien etre l'ami norvegien. j'ai raconte a mathilde ce commentaire, et elle a dit "quel connard ce romain"

alors que bon, elle n'avait aucune preuve de qui se cachait derriere ce "un ami norvegien". je trouve ca scandaleux