mardi 24 avril 2007

Contrastes

J'ai continue le week-end dernier mes petits voyages a travers les US (et ca continuera encore, mon mois de mai sera charge!), avec un passage cette fois-ci a Los Angeles. C'est la troisieme fois que j'y vais, et j'aime de plus en plus cette ville, pleine d'incongruites architecturales, de contrastes sociaux, mais malgre tout tres attachante. Il y a tellement de choses a y voir: l'architecture osee d'un Frank Gehry (et sa fameuse salle de concert, cf ci-dessous), les falaises escarpees de Malibu, les body-builders tres annees 80 de Venice, les restaus vegetaliens de West Hollywood, les gigantesques manoirs rivalisant d'originalite de Beverly Hills (surtout quand il s'agit de fusionner styles mauresque, toscan et medieval...), les musees d'art moderne et contemporain, dont LA est un peu la capitale depuis les annees 50. Sans oublier les stars et les histoires de stars.




A ce propos, le premier soir, je dinais au bar d'une enoteca bien sympathique de Beverly Hills, et decelais un leger accent chez la serveuse. Bien tombe, elle etait bien francaise. Un peu vexee, elle me demande comment je savais; impossible de lui dire qu'un accent francais, ca se remarque quand meme toujours.
Charlotte est une des rares jolies filles de L.A. a ne pas vouloir faire du cinema. La-bas, 80% des barmen et des serveuses "font du cinema" ("I'm an actor" ... "Er, yes, but right now, you're a waiter..." - ou Comment se faire des amis des le debut du repas...) Bref, la plupart semblent donc tout droit sortis d'une pub Calvin Klein, et ca repose les yeux, apres les records d'obesite de Las Vegas...
Charlotte connait tres bien Maubeuge. Mon interet en est decuple, vous savez mon attachement a la sauvegarde de l'aura maubeugeoise dans le monde. Mais surtout, ses parents sont tres amis avec un ancien associe de ma mere. Alors la, quand meme, le monde est petit!

Bref, la n'est pas l'important. L'important, ce sont les histoires de stars que peut connaitre une serveuse dans un restaurant huppe de Beverly Hills. Derniere en date: Salma Hayek, qui a fait tant de bons films, qu'on admire non seulement pour sa beaute unique, mais aussi pour son talent d'actrice et sa sensibilite d'artiste; Salma Hayek, donc, entre dans le restaurant, s'affale sur le comptoir, et apostrophe (hurle sur?) le patron "Is my table ready?"
Branle-bas de combat aux cuisines. Ici, quand une star est dans le restaurant, plus rien d'autre ne compte.
Le pauvre serveur designe s'approche, la gratifie d'un enorme sourire americain, et lui demande "how're you doing today?", petite phrase sympathique qui met tout le monde de bonne humeur.
"Well, of course I'm fine. I'm Salma Hayek!"

Ah...

Euh...

On imagine le pauvre serveur repartir la queue entre les jambes.

Mais ca n'est pas fini. Oui, car Salma Hayek avait decide, ce jour la, de sniffer ses rails de coke sur la table du restaurant. Qu'a cela ne tienne, le patron la remontrance, quoique tres legerement.
Salma ne se laisse pas demonter. Elle est une star, elle fait ce qu'elle veut.
Elle sniffe donc un deuxieme rail, devant le patron, qui lui demande de bien vouloir faire ca aux toilettes.
Mais Salma refuse. C'etait peut-etre l'affront de trop, car aussitot, le patron l'expulse du restaurant. On imagine deja la mauvaise presse qu'il obtiendra bientot dans un journal local, mais en attendant, l'honneur est sauf. Et je dois dire que tout le glamour de ce monde s'envole d'un coup!

Depuis, j'ai deja raconte l'histoire a Marianne, qui s'est exclamee quand j'ai mentionne la coke "QUOI? Mais elle est enceinte!!!!"
La, je dois dire que ma pop culture en a pris un coup. Je ne le savais meme pas! Merci, Marianne.


Bien sur, des histoires comme celles-la, a L.A., il y en a des dizaines, et a chaque voyage, j'en apprends davantage. Mais je garderai ca pour une autre fois!



Sinon, le but principal du week-end etait bien entendu de voter. Je suis inscrit au consulat de L.A., situe a Beverly Hills, tout pret de la celebre UCLA. Et ca, je dois dire que c'est deja pas mal la classe.
"tu votes ou, toi?"
"euh, ben, a Busignies, 59650. et toi?"
"ah, moi, a Beverly Hills, 90210"

Bureau de vote litteralement bonde, plein de jeunes cadres expatries, revenant souvent de la plage a Santa Monica. Je n'ai pris les bulletins que de 6 candidats, 12 c'etait trop long. Bien sur, j'avais oublie le bulletin de celui pour qui je vote. Je sors de l'isoloir, cree une certaine commotion en fendant la queue a contresens et reprenant mes petits papiers. Classique!

Le lendemain, je vais prendre le petit-dejeuner dans un cafe francais qui diffuse la soiree de France2. Discussions animees dans la salle majoritairement acquise a la droite, comme l'essentiel des francais de l'etranger. Majoritairement, a l'exception de quelques tables: celles autour de moi. Une gentille dame et une charmante demoiselle entament la conversation avec moi, sur tout et n'importe quoi. Elles bossent dans le cinema, font des films d'auteurs ou des documentaires engages (tres engages, tres tres engages, meme!). L'une vit a L.A. depuis 22 ans, l'autre depuis 3 mois. Et toutes deux sont ravies du resultat. Puis elles se mettent a compter: 26 + 10 = 36% pour la gauche. Aie. La plus agee se retourne vers moi:
"Dis-donc, quand meme, 36%, c'est faible. Tu te fais pas de souci pour sego, toi?"
Silence poli.
Pour ne pas trop entrer dans le detail, je detourne la conversation. Je suis content de les avoir rencontrees. Elles vont meme venir a Vegas prochainement, pour voir Prince qui joue tous les soirs a l'hotel Rio (concurrence difficile pour Celine, a moins qu'ils n'aient pas le meme public...)


Ce week-end, je vais a Austin, capitale du Texas, et aussi seule ville democrate de cet Etat 30% plus vaste que la France. Puis je pars a Nashville, retrouver les parents de Thompson et aussi la conference nationale de l'APTA (association americaine des tsports publics). Ensuite, week-end de 3 jours a NYC, ensuite week-end de 3 jours au Grand Canyon, et ensuite je rentre en France! Ouf! Vaste programme, dont j'essaierai de vous faire suivre les grands moments sur le blog!

vendredi 13 avril 2007

Graveyard

Cela fait quelques semaines que je n'ai pas ecrit sur le blog, avant tout parce que Mathilde etait la, et que nous etions bien souvent sur la route, en Californie ou dans les parcs nationaux de l'Utah. Voyage stakhanoviste, est-il besoin de le preciser, car Mathilde et moi, nous n'aimons pas perdre notre temps. Au programme, donc, randonnees parfois tres sportives dans le but de preparer Mathilde a son raid (avec des contraintes, comme par exemple "rallier le campement situe a 10km et 1000m au-dessus de nous en 2h, soit avant la tombee de la nuit") Randonnees concentrees dans des parcs nationaux parmi les plus beaux du Monde: Yosemite et ses cascades torrentielles hautes d'un kilometre, Sequoia et ses pins geants, Zion et son canyon rouge sang.




Mais aussi, pour faire dans l'eclectique, visites de zoos, de casinos, de musees, de champs petroliers, de villes d'histoire (dont Bakersfield, pour laquelle le Lonely Planet s'extasie sur ses batiments des annees 1950!!!!!), et j'en passe.


Apres tant de beaute, il fallait bien que je trouve quelque chose de moins enthousiasmant une fois Mathilde partie. Je pensais avoir trouve avec la maintenance, nouvelle etape de ma formation. Mais encore une fois, je ne peux que m'extasier apres ma premiere semaine en bleu de travail. J'entends d'ici les filles hurler de bonheur en m'imaginant en bleu de travail moulant. Eh bien oui, je le clame haut et fort: mon bleu de travail me va a merveille. Mon nom y est ecrit en pleins et en delies, j'ai une poche pour ma lampe torche, une pour mes cles a mollettes et gauges de pression, une pour mon chiffon rouge, qui est si sale qu'il ne sert en realite a rien. Mon bleu de travail, je l'aime.

Mais la ou j'ai le plus de chance, c'est que je suis a la maintenance de nuit. Je travaille pendant le "graveyard shift", le troisieme des trois-huit, celui des noctambules et des celibataires. Au debut, le nom inquiete: graveyard = cimetiere. Et d'une certaine facon, le graveyard shift, c'est vraiment un monde a part, pleins de gens etonnants, qu'on n'a effectivement pas l'habitude de voir le jour.

D'abord, le graveyard, c'est un contremaitre unique: Shane. Shane, c'est un peu le Tom Cruise de la maintenance. Bon sauf qu'il n'est pas beau. Mais en vrai, Shane est fan de Tom Cruise, il roule en moto, il mesure 1m50, et il ecoute "Take my breath away". "Top Gun" est son film favori, et il m'en a cite inlassablement toutes les phrases cultes, qui m'ont fait croire un instant que j'etais revenu en 2002, dans cette chambre du L2 ou Romain faisait exploser ses baffes avec le son des jets de l'US Air Force... Romain, d'ailleurs, Shane veut absolument te rencontrer. C'est que des fans assumes de "Top Gun", il n'y en a plus beaucoup, de nos jours.

Le graveyard, c'est aussi Preston, 62 ans, "dont 45 sous des bus". Preston, il a tout vu, tout fait, alors quoi qu'on lui dise, il continuera a faire le boulot comme il l'a toujours fait. Meme si aujourd'hui les bus fonctionnent au gaz naturel ("un carburant de tapette", ce qui en anglais - "sissy fuel" - sonne beaucoup mieux, vous l'admettrez) Preston s'engueule avec tout le monde, sauf les quelques (rares, tres rares, rarissimes meme) filles qui travaillent a la maintenance de nuit. Il s'engueule particulierement avec l'autre black de l'atelier. Selon lui "tout se passait bien tant que j'etais le seul black ici. Depuis que l'autre est la, c'est le ghetto". Je precise que je cite...

Mais le graveyard, c'est surtout une vraie famille. Tout le monde s'entraide, on rigole plus qu'ailleurs, les photos osees de magazines pour adultes circulent d'une boite a outils a l'autre, et les surnoms blagueurs (et souvent de tres bon gout, Romain tu connais ca de ton passage a la tour Total) fusent. Donc ne vous etonnez pas si je reste un peu plus longtemps que prevu a la maintenance. Il n'y a pas que mon bleu de travail que j'aime la-bas.